
C’est quoi ton Parcours ?
Originaire de la ville du Cap-Haïtien, mon nom est Rose Lumane SAINT-JEAN, j’ai 23 ans. J’ai réalisé mes études primaires et secondaires au Collège Notre Dame de Protection à Cap-Haïtien. Je détiens une licence en Gouvernance Locale à l’Université Publique du Nord au Cap-Haitien. Je suis étudiante finissante en Sciences juridiques à la Faculté de Droit, des Sciences Économiques et de Gestion du Cap-Haïtien. Je commençais à animer des émissions à la radio Voix de l’Ave
Maria avec l’équipe de Dialectique des jeunes depuis à l’âge de 18ans. Et plus tard à la radio Digital l’émission Empreinte.
Comment est-ce que tu étais informée du concours?
Avant le lancement du concours de reportage, Justice Sector Strengthening program (JSSP)/ USAID a mis sur pied la 3ème édition de formation en investigation journalistique dans le secteur la Justice dans la ville du Cap-Haïtien. La majorité des medias étaient représentés par des hommes. Il a fallu trouver des femmes qui pratiquent le journalisme. J’étais en route pour aller passer mes vacances à Jérémie, au cours du mois d’août 2019, mon téléphone a sonné, j’ai reçu un appel d’un responsable du projet, m’invitant à participer à une formation, j’ai été référée par «Asosiyasyon Fanm Solèy Dayiti »(AFASDA). Cette formation réunissait des journalistes de différentes régions du pays, il n’y avait que trois femmes. Cette formation a duré une semaine pour donner aux participants les bases juridiques nécessaires pour pouvoir investiguer dans ce domaine. Après, l’invitation était faite aux journalistes de réaliser un reportage sur des sujets se rapportant à la justice en Haïti dans différentes catégories : écrit, visuel et audio-visuel.
Qu’est ce qui t’a motivé à participer au concours?
Personnellement, je suis intéressée aux droits des enfants. Dans le cadre du concours j’avais voulu investiguer sur les cas des enfants victimes d’abus sexuels précisément par des gens qui sont proches de la famille qu’ils soient membres ou amis. Je savais qu’en Haïti trouver quelqu’un qui acceptera de parler ou encore laisser témoigner son enfant victime de violence sexuelle n’est pas chose facile. J’avais risqué le tout. Pendant mon investigation j’ai trouvé six cas dans la ville du Cap-Haïtien, une seule personne a acceptée de participer dans le reportage avec sa fille dans l’anonymat. Je savais qu’en regardant les victimes, en écoutant leurs témoignages, cela allait susciter plus de curiosité, empathie, et d’émotion chez les gens, j’ai fait le choix d’audio- visuel.
La période de réalisation du reportage était coïncidée avec les mouvements de protestation violente ‘’Pays lock ‘’, il a fallu prendre le risque avec la route barricadée, des pneus enflammés, et des tirs. Nombreux sont les journalistes qui n’ont pas pu soumettre leurs reportages à temps à cause de cette situation.
Je voulais montrer dans mon reportage titré « Abus sexuel sur mineures par des proches » que certaines personnes qui devraient protéger les mineures, les exploitent sexuellement. L’appel est fait aux victimes de sortir du silence, aux parents et à toute personne d’accorder une attention particulière aux mineures, aux autorités judiciaires de sanctionner ces cas avec la plus grande sévérité que possible pour freiner les cas de violence sexuelle sur mineures.
Comment a été l’expérience?
L’expérience a été enrichissante. Elle m’a permis d’élargir mon réseau, de discuter avec les différents responsables des institutions œuvrant pour le respect des droits des enfants. J’ai pu comprendre également après plusieurs discussions avec les parents des mineures victimes, ils veulent mieux que les cas de viol restent secrets pour l’image de leurs enfants quoique les dossiers sont dans les tribunaux.
Qu’est-ce que tu t’es dit lorsque tu as eu le premier prix?
J’étais vraiment contente quand j’ai entendu que j’ai remporté le premier prix. Je le suis encore parce que j’ai eu l’opportunité de faire passer mon message et de toucher plus de monde que possible sur les cas de viol au sein des familles haïtiennes sur les mineures.
Je termine ainsi, le viol, parlons-en, dénonçons- le, ce sont les agresseurs qui doivent avoir peur et honte et non les victimes.
Nord Agence Presse (NAP) (509)4309-3434/3800-6324 nordagencepressehaiti@gmail.com